Le parti socialiste lillois, association de traîne-cravates

 Martine Aubry, le 27 octobre à Toulouse

Faute de voir dans ces élections municipales un grand moment d’effervescence démocratique, on s’est dit qu’elles pourraient toujours faire office de journées portes ouvertes sur le pouvoir socialiste. Pour se repérer dans ses arcanes, on a utilisé deux dépliants : la liste des dix secrétaires de section du PS lillois, et la liste des candidats à la mairie de Lille. Portraits choisis.

Pour faire simple, l’exposition des boursouflures du pouvoir socialiste emprunte deux galeries : celle où s’étale l’encroutement bourgeois du PS, et celle où s’exposent les logiques de verrouillage de ce parti d’élus.

Source : LaBrique.net

Représenter les minorités… mais lesquelles ?

Le premier élément qui frappe – mais qui n’étonnera plus personne – c’est donc que le PS n’est pas représentatif de celles et ceux dont il prétendait naguère défendre les intérêts. Sur les dix secrétaires de section lillois, on compte cinq cadres territoriaux, un cadre commercial, un coach en entreprise, un ingénieur, un architecte et… un seul élu issu du monde ouvrier (depuis retraité), Christian Petit.

Quant à la liste municipale, à défaut de statistiques bien chiadées, on se contentera de cogiter sur les données suivantes : au moins 10 cadres de la fonction publique ou du privé, 5 enseignant-es, 3 (ex)assistant-es parlementaires, 3 médecins, 3 architectes et urbanistes, 2 avocats, 2 consultants du privé… 0 ouvrier en activité, et puis 0 des 370 000 chômeurs de la région. Autant pas s’emmerder avec les détails.

Alors qu’on pourrait s’attendre à ce que le PS mette en scène son implantation dans la vie locale et « citoyenne », seuls deux membres de la liste (dont un MODEM) sont présentés au titre de leurs engagements associatifs. Lorsque le privé perce sous l’épaisse couche de fonctionnaires territoriaux, il se résume pour l’essentiel aux médecins, consultants, avocats, et aux diverses fonctions de « direction ». Les quelques employé-es (conseillère d’emploi, infirmier, assistant d’éduc’, etc.) sont tou-tes en position inéligibles – autour de la cinquantième place, quand le PS devrait tabler sur une quarantaine de sièges. Voilà pour les « compétences et expériences diverses » vantées par Aubry le jour de la présentation de sa liste [1].

Pour ce qui est de la caution « diversité/minorités visibles », on gardera en tête le précédent Dalila Dendouga. N°3 de la liste il y a six ans, n°5 cette fois-ci : mais qu’a donc fait D. Dendouga, la trentaine à peine tassée, pour être catapultée aux sommets d’une liste d’éléphants aguerris ? Rien. Enfin si : elle a brillé lors d’un concours d’éloquence entre avocats – la seule fois où Aubry l’a vue avant de lui proposer un strapontin. Non-encartée, elle est débauchée quelques semaines avant l’élection de 2008. Au terme du scrutin, et malgré sa position élevée, elle n’obtient pas de poste d’adjointe après l’élection (elle n’est que conseillère déléguée). Moralité : la « diversité », oui. Mais à la double condition de ne pas prendre trop de place, et de garder les atours polis de l’avocat bien éduqué.

Quelques classiques des caciques

Pour parfaire son image au plan national, Aubry a enfourché l’âne de bataille du non-cumul des mandats. Ce qui est emmerdant, c’est que les trois socialos qui la suivent sur la liste détiennent également d’autres mandats et s’apprêtent, en toute logique, à cumuler leurs futurs postes d’adjoints avec leurs autres attributions. Audrey Linkenheld est adjointe au maire et députée. Pierre de Saintignon est 1er adjoint à la mairie, conseiller spécial d’Aubry à LMCU, et déjà prêt à éjecter Percheron du trône du Conseil régional. Gilles Pargneaux, lui, est toujours par monts et par vaux, puisqu’il est président d’association, membre du Bureau National du PS, secrétaire fédéral du PS du Nord, adjoint au maire, vice-président de Lille Métropole et de l’Eurométropole, et député européen. Plus c’est gros, plus ça passe ?

Il est vrai que sachant ne pas risquer d’être contredite par la presse locale, Aubry s’est aussi permise d’inventer un « renouvellement de 57% » de la liste municipale [2] par rapport à la dernière édition. Comme il faut pas trop nous prendre pour des bœufs, on a sorti la calculette : parmi les 26 socialos sortants, 19 sont à nouveau en position éligibles. Sur les 5 (sur 6) « Divers Gauche » à nouveau candidats, 4 cantinent désormais officiellement au PS. Au total, 73% de la majorité sortante est encore candidate. 16 des 20 premiers roupillaient déjà lors des derniers conseils municipaux : plus on se rapproche du sommet de la liste, plus les candidats sont des sortants. En gros, dès qu’on ajoute le critère de la « position éligible », les fameux « 57% » volent en éclat et donnent à voir un autre grand classique des caciques : le cumul des mandats dans le temps.

La liste PS comme celle des secrétaires de section enregistrent aussi la technocratisation du parti : c’est moins l’implication militante qui permet de gravir les échelons, que le fait de brandir son diplôme de Master II et sa bonne maîtrise des savoir-faire bureaucratiques. Aujourd’hui, on prend surtout sa carte au parti après avoir intégré les cabinets. C’est le cas de Nicolas Bernard. Il y a quelques années, celui-ci a validé son Master II en sciences politiques. Puis il a montré ce qu’il savait faire : pas de la politique, mais du lobbying. Puis il a re-montré ce qu’il savait faire : pas de la politique, mais de l’expertise à LMCU pour le compte du cabinet d’Aubry. Et enfin on lui a appris un nouveau truc : la politique. Il a gentiment pris sa carte, et on l’a directement placé à la tête de la section Bois-Blanc. En attendant mieux.

Copains comme éléphants

Ajoutez à cela un peu de copinage et de basses manœuvres, et on commence à saisir de quel bois est fait l’engagement socialiste. Mélissa Ménet n’a que 28 piges, mais elle a déjà tout compris : assistante parlementaire de Linkenheld, elle a demandé à sa boss de lui trouver un bout de siège au Conseil Municipal – on sait jamais, par les temps qui courent. Marc Bodiot a plus de bouteille. L’année dernière, le n°14 de la liste aux municipales a reçu la Légion d’Honneur des mains de Jacques Delors. Peut-être n’est-ce pas sans rapport avec le fait que les deux soient respectivement médecin et géniteur de Martine Aubry.

C’est que Titine sait recevoir ses proches. À peine âgée de 37 ans, Charlotte Brun est déjà une ancienne du MJS et du secrétariat national du PS, ex-vice-présidente du Conseil régional d’Île-de-France, et ex-candidate aux législatives. Mais comme elle s’est ramassée, elle cherche du taf. Et contre ce type de chômage, Aubry sait comment lutter : à peine débarquée à Lille, la voilà catapultée en quinzième position de la liste. Mais la palme revient à Estelle Rodes. Présentée sur la liste comme « femme au foyer », elle est, dans la vraie vie, titulaire d’un DEA de sciences politiques, ancienne attachée parlementaire, et elle aussi candidate malheureuse aux dernières législatives dans la région parisienne. On attend ces deux-là à l’atterrissage.

Le Conseil général, « prépa intégrée » du PS

Aubry se montre si conciliante à l’égard des sien-nes qu’elle accepte que Violette Spillebout se tire dans le privé. 15 berges au cabinet d’Aubry, on comprend que ça ruine le moral. Pas sûr en plus que ça rémunère tant que ça. Du coup Spillebout, qui avait quitté le cabinet pour préparer la campagne en cours, s’est soudainement prise de passion pour un nouveau job : directrice des affaires territoriales NPDC de Gares & Connexions. Tout ça grâce à Guillaume Pepy, président de la SNCF et grand pote à Mamie Aubry. Merci qui ? Merci Pepy !

Sur Lille, seule la section de Wazemmes s’est permise de contester la liste concoctée par Aubry : 18 votes pour, 18 contre. Si en interne Aubry recueille des scores de République bananière, c’est en partie lié à la fonctionnarisation du parti. Dans la mesure où beaucoup de responsables sont tenus par leur emploi, hors de question de l’ouvrir. N’est-ce pas, Sébastien Duhem ? Après un lâché de ballon à l’effigie de sa patronne, en 2008, le secrétaire de la section PS de Fives déclarait : « Martine dans tout Lille. Vous vous imaginez ? Vous êtes sur votre balcon, et hop, votre enfant attrape ce ballon dans ses mains. C’est un symbole très poétique ». Pas étonnant que le gamin s’émerveille de si peu : en tant que cadre territorial au Conseil général – sorte de « prépa intégrée » du PS – Duhem doit tout au parti. Et a tout intérêt à tout faire tout comme on lui demande.

Putain de bulletin.

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