« Charlie Hebdo » : un pompier lillois est intervenu juste après la tuerie

Patrick Hertgen, 49 ans, est le médecin-chef du SDIS (service départemental d’incendie et de secours) du Nord, à Lille. Le Douaisien participait à une réunion à Paris avec l’urgentiste Patrick Pelloux, tout près de « Charlie Hebdo », au moment de l’attentat contre le journal. Il a porté les premiers soins aux blessés.

Source : La Voix du Nord

 Que faisiez-vous à Paris le 7 janvier ?

« J’étais dans les locaux de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers, dont je suis l’un des vice-présidents, rue Bréguet. Nous étions en réunion avec le SAMU, afin de mieux travailler ensemble. Le médecin urgentiste Patrick Pelloux y participait. Il a reçu un appel téléphonique de la rédaction de Charlie Hebdo lui disant en substance : Viens vite, on a besoin de toi, on nous tire dessus à la kalach’. D’emblée, la gravité de l’événement ne faisait aucun doute. Patrick Pelloux est aussitôt parti en scooter avec le médecin chef des pompiers de Paris. Avec trois autres médecins présents, on est allés à pied au journal, qui était à environ 300 mètres. »

– Vous étiez sur place quelques minutes après les tirs…

« Sur le chemin, on a vu un policier blessé par balles au sol, avec des secours médicaux tentant de le réanimer (Ahmed Merabet, qui est décédé). On a continué et on est arrivés à Charlie Hebdo. Quelques policiers étaient là mais pas encore beaucoup d’effectifs. On nous a conduits dans la salle de rédaction. C’était confus. Il y avait les premières équipes médicales, on a fait le tri entre les morts et les rescapés. Ensuite, on s’est réparti les quatre blessés graves et on a fait les premiers gestes médicaux. Je me suis occupé d’un homme qui avait une balle dans le dos (le webmaster). Puis d’autres équipes médicales sont venues. On a accompagné les victimes jusqu’aux ambulances. Après, on n’était plus utiles et on est repartis. »

– Qu’avez-vous vu dans la salle de rédaction ?

« Beaucoup de cadavres les uns sur les autres. Et au milieu, quelques survivants. L’odeur et la fumée de la poudre m’ont également marqué. Des gens abattus par arme à feu, on en rencontre dans notre métier. Mais huit personnes mortes dans une salle, je n’avais jamais fait. C’est une scène de guerre. »

– Comment avez-vous vécu l’intervention ?

« On perçoit ce qui se passe, mais c’est plus facile quand on est médecin que pour un proche ou un témoin. Sur le moment, on a une action de professionnels. »

 Et après-coup ?

« Je ne suis pas un héros ni un traumatisé, mais ça a un impact. On voit de manière concrète ce qu’est un attentat terroriste. Des gens livides, morts, au milieu de leur sang, à grande échelle. On est tous un peu humanistes dans notre métier, donc ça nous heurte. Une fois qu’on redevient citoyen, on mesure ce que ça signifie, la lâcheté de l’acte. Je vais m’en souvenir. Mais on est confrontés à d’autres situations. Quand vous êtes auprès d’un enfant qui vient de mourir dans un accident avec sa maman qui vous explique ce qui s’est passé, ce n’est pas plus facile. C’est différent. »

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