Racket d’Etat : son mari lui donne un coup de main au restaurant, la gérante devant le tribunal


La petite brasserie comme on en trouve dans de nombreux villages de l’Artois a fait l’objet d’un contrôle de l’URSSAF.
La gérante d’un petit restaurant de village arrageois était jugée jeudi au tribunal correctionnel d’Arras pour travail dissimulé après un contrôle de l’URSSAF. Son conjoint l’aidait à servir quelques verres…

Source : La Voix du Nord

Perdue dans la salle d’audience, elle peine à retenir ses larmes. Martine*, 65 ans, masque ses airs de bonne vivante dans une tenue sombre. Grand-mère impliquée et cuisinière hors pair quand il s’agit de bonne franquette, de blanquette ou de bavette. Le tout servi pour quelques euros dans un troquet à l’ancienne, de ceux qui font vivre les villages de l’Artois.

Gérante d’une brasserie, Martine s’est retrouvée à la barre du tribunal, jeudi, entre les dossiers d’agressions sexuelles et de bagarre à coups de tenaille. Martine, elle, est poursuivie pour exécution d’un travail dissimulé après s’être fait épingler par l’URSSAF.

En vérité, l’exécutant présumé du travail dissimulé, c’est Dominique*, 70 ans. « Papi », pour ses petits-enfants. Le conjoint de Martine.

« Demandez-vous des dommages et intérêts ? », questionne le tribunal. Papi se lève. Il a de l’allure malgré un pull un peu élimé. Les yeux ronds, il lève les mains au ciel : « Ben non, non. Bien sûr que non. » Il perd ses mots.

Le 20 août 2013, l’URSSAF entre dans le bistrot pour un contrôle inopiné. Les inspecteurs tombent sur monsieur. Qui discute, naturellement. Arrivent des clients. Madame est en cuisine. Monsieur actionne la pompe à bières… Et sert. « J’ai été bête », confie-t-il. Il n’en fallait pas plus aux inspecteurs pour y voir un travailleur dissimulé.

Bénéfice de 700 €… par an

C’est vrai, Martine n’a pas rempli de déclaration préalable à l’embauche. Non. Mais le restaurant, elle le gère seule. Elle travaille dur. Tout ça pour un bénéfice de quelque 700 €… Par an. Même pas de quoi se dégager un salaire. « I l m’arrive de donner un coup de main à ma femme quand il y a un coup de bourreC’est tout », reconnaît ladite victime.

Pour Me Lamoril, avocat de la défense, on marche sur la tête. Lui plaide la relaxe, brandissant la notion d’entraide familiale. « Monsieur est là à midi, oui, car c’est chez lui ! Il ne va pas rester en haut. À l’étage, il n’y a que leur chambre. Il est là, et si deux tables de six arrivent, il se lève, il aide, il va servir une bière ! Je ferais pareil ! »

Couleurs café du village

On pourrait être dans n’importe quel bistrot de l’Artois. Un zinc jauni par le temps et les bières, un carrelage d’époque. Ici, on joue au billard et aux fléchettes. C’est la cantine des habitués. « On se retrouve pour déjeuner, entre potes », explique Thierry.

À la carte, des omelettes, un plat du jour… Thierry vante au passage la cuisine de Martine. Sa viande, achetée chez le boucher du village. Vendredi encore, c’était soirée choucroute pour tout le monde. « Mon fiston y était », commente Gérard.

Dominique, le conjoint, on le connaît, oui. « On joue aux cartes avec lui. » On taille une bavette en parlant du mauvais temps. « Ce sont des habitués », explique-t-il, installé à une table, comme d’habitude.

« Ici, c’est chez moi ! Et puis, les clients sont devenus des copains. Depuis le temps qu’on est là ! » Sa femme a acheté le fonds de commerce il y a vingt ans. La grande époque. Aujourd’hui, le côté restauration périclite.

Car plus que le restaurant, leur job, à tous les deux, c’est de maintenir du lien social au village.

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