Le réalisateur Arnaud Desplechin raconte avoir vécu «en état d’apartheid » à Roubaix

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Après Catherine Deneuve et Dunkerque, Arnaud Desplechin et Roubaix. Dans une interview parue ce matin dans le magazine « Society », le cinéaste dresse un portrait peu flatteur de la ville dans laquelle il a grandi. Lui qui parlait pourtant il y a quelques mois de son « paradis perdu » explique désormais avoir vécu « en état d’apartheid »

Source : La Voix du Nord

« C’est une ville pour laquelle j’ai beaucoup d’affection. Mes parents y habitent toujours. Il y a ici des paysages qui sont très singuliers et que j’aime bien retrouver et revisiter de film en film.» Voilà ce que nous confiait Arnaud Desplechin l’été dernier alors qu’il tournait son dernier film à Roubaix, la ville de son enfance et de son adolescence. Avec nostalgie, il décrivait des endroits qui avaient conservé tout leur cachet. Roubaix était « comme un studio de cinéma » pour le réalisateur : « C’est facile d’y imaginer de nouvelles histoires. »

Alors que son film Trois souvenirs de ma jeunesse est bouclé et est présenté à Cannes hors compétition, le cinéaste roubaisien s’exprime sur cinq pages dans le bimensuel Society paru ce vendredi. L’interview est annoncée en Une avec cette accroche : « À Roubaix, j’ai vécu en état d’apartheid. » C’est tout sauf un extrait tronqué de l’interview : Arnaud Desplechin s’étend longuement sur le Roubaix de sa jeunesse, celui les années 1970. Le sujet est abordé lorsque le journaliste de Society remarque que dans son film, les Arabes ne sont pas invités à la fête organisée par les petits Blancs.

« Ce monde me terrifiait »

« Quand Valls a parlé d’apartheid, ça m’a fait bizarre. Parce que c’est quelque chose que je pense aussi, que j’ai vécu en état d’apartheid. Et j’étais pas fier, vous voyez », affirme Desplechin. Il raconte que dans son lycée –il est passé par Baudelaire –, « il y avait la cour avec les Algériens et la cour avec les Blancs ». Et si vivre à Roubaix a été « une expérience formidable» car la ville est « cosmopolite », il regrette d’être resté dans son milieu blanc, bourgeois et catholique.

Arnaud Desplechin parle ensuite de sa culpabilité, en tant que réalisateur, de ne pas réussir à confier à un Maghrébin un rôle autre que celui de dealer. Mais il se justifie ainsi : « Moi, c’est ce que j’ai vécu. À Roubaix, c’était comme ça : les Maghrébins vendaient de la drogue, allaient en prison. Je n’ai pas de jugement moral là-dessus, c’est ce que la société leur donnait à faire, la répartition des tâches. Le shit, il faut bien le vendre, puisque tout le monde en fume (sauf lui, comme il l’explique par ailleurs, NDLR). »

Le réalisateur parle encore de camarades de lycée noirs ou arabes qui crânaient à leur sortie de prison. « C’était un monde qui me terrifiait. » Pas sûr que tous les Roubaisiens apprécient l’interview. Pour réaliser son film, Arnaud Desplechin avait reçu le soutien de Pictanovo, la structure de soutien au cinéma du conseil régional. Comme La Tête haute qui a valu à Dunkerque une mauvaise pub de la part de Catherine Deneuve.

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