Cassel : le témoignage poignant d’un agriculteur qui n’en peut plus

Pierre dit qu’il a plein de raisons d’être « heureux » dans son écrin de verdure, sur les pentes du mont Cassel. Mais il ne parvient plus à vivre du métier qu’il aime tant.

Pierre Dequidt exploite la ferme de la Cornette à Cassel, avec son fils. Depuis le début de l’année, ils n’arrivent plus à joindre les deux bouts. Le lait, les œufs ne sont plus vendus assez cher. L’agriculteur tire la sonnette d’alarme, pour que les générations futures continuent de vivre de ce métier.

Pierre dit qu’il a plein de raisons d’être « heureux » dans son écrin de verdure, sur les pentes du mont Cassel. Mais il ne parvient plus à vivre du métier qu’il aime tant.

Source : La Voix du Nord

« Il m’a téléphoné il y a huit jours en disant je n’en peux plus, je ne sais plus payer mes factures, alors je vais faire une grève de la faim devant l’usine Danone », rapporte Christine Delefortrie, présidente de la section laitière du Nord au sein de la FDSEA (syndicat agricole). Cet homme qui n’en peut plus, c’est Pierre Dequidt, septième génération au sein de la ferme familiale, au lieu-dit La Cornette à Cassel. À 58 ans, il n’avait pas connu de situation aussi alarmante depuis des années. Vivre de son métier, l’agriculture, il n’y parvient plus. Plutôt que la grève de la faim, pour l’instant, appuyé par la FDSEA et ses collègues, il a décidé d’inviter la presse, lundi, pour parler de ses difficultés.

L’élevage ne nourrit

plus son homme

Les chiffres sont éloquents : « Aujourd’hui on vend notre lait moins de 300 € la tonne, alors que pour vivre et payer mes fournisseurs, ça devrait être entre 380 et 400 € », détaille le père de cinq enfants, qui tire la grande majorité de ses revenus de ses 40 vaches laitières.

Même constat, inquiétant, pour les œufs. Des œufs Label rouge produits par ses 4 000 poules pondeuses élevées en plein air. « On est à moins de 0,085 euro par œuf ! Contre 0,11 € normalement ! » Des exemples comme ceux-là, les cultivateurs en ont bien trop à lister. « En 2009, il y avait eu une crise. Mais ça ne touchait pas toutes les productions, c’était principalement le lait. Là, tout est en crise. N’importe quel agriculteur, aussi compétent qu’il soit, producteur de lait, de viande bovine, porcine. Il n’arrive plus à joindre les deux bouts », insiste Jacques Wyckaert, président de l’Union agricole d’Hazebrouck (FDSEA). L’élevage ne nourrit plus son homme.

Des actions envisagées

Avec François, son fils de 33 ans « passionné » par le métier lui aussi, Pierre travaille entre 60 et 80 heures par semaine, comme beaucoup d’agriculteurs aujourd’hui. Ils auraient « assez de boulot pour un salarié à 35 heures », mais n’auraient pas de quoi le payer.

Pierre dit que si les ressources de son épouse, retraitée de l’enseignement, n’avaient pas été là… « je ne sais pas si on aurait pu faire tout ce qu’on a fait ».

Ce qu’il veut aujourd’hui, comme les collègues du coin venus le soutenir lors de notre rencontre, c’est que son fils, et les autres jeunes, puissent continuer à vivre de l’élevage. « Ce n’est pas en vendant nos produits en dessous des prix de revient que l’on va motiver les jeunes. On ne peut plus continuer comme ça. »

Pierre va se battre, envisage des actions, « on ne veut rien casser, mais interpeller ». Ce ne sera pas comme en 1995, quelques années après avoir pris la suite de ses parents. La profession se portait mal, « ça m’avait rendu tellement malade que je ne voulais plus voir personne. J’avais pris un gros coup au moral ».

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